Gros plan sur la cour de l'hôtel Carnavalet : l'effigie de Louis XIV


Nous n'y prêtons pratiquement plus attention tant les rues de Paris sont prodigues en la matière! Pourtant, la statuaire publique a bien des choses à nous apprendre quand on prend le temps d'en décrypter les codes. Tandis que sort très prochainement chez Blue Lion "Le Marais, ou l'invention de l'hôtel particulier", revenons brièvement sur une œuvre du parcours qui a bien des choses à nous dire...

Bien peu d’effigies royales publiques ont échappé au vandalisme révolutionnaire au sein de la capitale. De la statue équestre de Louis XIV que Girardon réalisa pour le centre de la place Louis-le-Grand (actuelle place Vendôme), il ne nous reste qu’un pied monumental que l’on peut admirer, non sans une certaine perplexité, au musée Carnavalet. C’est d’ailleurs dans la cour d’honneur de ce musée, consacré à l’histoire de Paris, que se trouve l’une des rares rescapées des destructions des années 1790. 

Antoine Coysevox, statue de Louis XIV




Il s’agit d’une statue de Louis XIV en pied réalisée en 1689 par Antoine Coysevox (1640-1720), futur directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Initialement conçue pour orner la cour de l’Hôtel de Ville de Paris, la sculpture a été remontée à cet emplacement en 1890, soit dix ans après que le musée ait ouvert ses portes au public. A y regarder de plus près, cette statue offre bien plus que le simple souvenir de l’allégeance de la municipalité parisienne à l’égard de son roi. 

Louis XIV apparaît ici en imperator, c'est-à-dire en chef des armées, vêtu du costume militaire traditionnel antique ; le sculpteur y a pourtant associé un accessoire fort contemporain qu’est l’importante perruque que portait alors le roi. Il ne s’agit pas là d’une fantaisie de l’auteur, mais de l’emploi d’une iconographie officielle et codifiée, propre à Louis XIV, qui se met en place avec le décor de la Galerie des Glaces dirigé par Le Brun au début des années 1680. Elle se retrouve dans nombre d’effigies royales publiques de cette époque - parmi lesquelles la statue de François Girardon préalablement citée. Tout en refusant l’assimilation complète et fréquente jusque-là du souverain à la figure du héros antique ou mythologique, cette iconographie nous plonge au cœur du XVIIe siècle et des festivités de sa vie de Cour. En effet c’est vêtu de la sorte que le jeune roi dut  probablement apparaître lors du célèbre Carrousel des Tuileries de 1662 où il interprétait le rôle de chef militaire d’un quadrille à la romaine. 

Louis XIV dans la galerie des Glaces
Des attributs mythologiques complètent ici toutefois la référence à l’antique, allusion à la victoire du bien -qu’incarne le Roi-Soleil- dans la lutte contre les forces du mal : la dépouille du lion de Némée, traditionnellement associée à Hercule, image de la force, gît aux pieds du roi, tandis qu’au niveau de sa taille grimace un masque de Méduse, en référence à la ruse employée par Persée pour vaincre la terrible Gorgone. Louis XIV est ainsi figuré en souverain moderne et pacificateur, parfaitement inscrit dans son temps et parmi ses contemporains, mais qui par sa force et son intelligence est l’héritier direct des empereurs de la Rome antique.   

Le message est clair et renforcé par les deux bas-reliefs allégoriques en bronze qui ornent toujours le piédestal : l’Ange de la France expulsant l’Hérésie, à droite et La distribution d’aliments aux pauvres, à gauche. A l’origine, la statue était entourée d’un important décor dont subsiste un médaillon de marbre réalisé également par Coysevox, retrouvé et acquis récemment par le musée Carnavalet (2007). L’œuvre, datée de 1682, représente Louis XIV recevant les hommages de la Ville de Paris, identifiable par l’emblématique nef que l’on aperçoit à l’arrière-plan.

Coysevox, Médaillon de marbre (Musée Carnavalet)





Texte: Gabrielle Cohen (© 2012)