Étude sur les terminaux connectés et la culture

Au Forum d'Avignon la société Bain & Company à présenté une étude intéressante, Terminaux et services connectés, concernant les modes de "consommation" des produits culturels aujourd'hui.

C'est une évidence aujourd'hui : nous sommes de plus en plus connectés, que se soit par l'ordinateur, la tablette ou le smartphone. Tout ceci change notre relation au monde, redéfini nos rapports humains et a un impact sur nos activités en général. Tant qu'on ne perd pas l'humain...

Inévitablement le numérique affecte aussi l'art et la culture. Régulièrement au cours de l'histoire le domaine culturel s'est approprié les nouveaux instruments et méthodes de production, avant d'être à son tour influencés par ces derniers. Un des plus importants théoricien de l'époque moderne sur ce sujet était Walter Benjamin, dont le célèbre ouvrage L’œuvre d'art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935) fut publié de manière posthume en 1955. L'écrivain y décrit l'effet de la perception de l'art par les hommes lorsque celui-ci n'est plus visible uniquement dans l'endroit pour lequel il a été conçue et exposé, mais se retrouve reproduit sur de nombreux supports. L'image perd donc son statut original et entre dans des contextes de vision complètement différents. A l'ère du numérique, cette reproductibilité s'accentue de manière exponentielle, au point qu'il nous arrive parfois de préférer la reproduction à l'original. En effet, l'original perd, comme le dit Benjamin, son aura. Je dirais que c'est une copie en plus...

Impact des terminaux sur la relation aux œuvres
Mais arrêtons les digressions (qui peuvent nous mener très loin...), et revenons à l'étude présentée ces jours-ci. Ici, par le terme "terminaux connectés" l'on entend tout sauf l'ordinateur (télévisions, tablettes, smartphones). Selon les résultats de l'enquête réalisée auprès de 3000 individus aux USA et en Europe, "les consommateurs montrent un intérêt marqué - à plus de 60% - pour de nouvelles expériences culturelles connectées". Ceci vaut certainement pour les contenus audiovisuels et jeux vidéo, qui, avec 70% des mentions, figurent "en tête des expériences connectables'", mais aussi pour les secteurs des arts plastiques, du patrimoine et du spectacle vivant (60% des personnes interrogées). Avec des différences géographiques toutefois:

Les niveaux d’intérêt sont particulièrement élevés dans les pays les plus matures en matière de technologies connectées,comme les États-Unis et le Royaume-Uni (près de 60 %). Ils sont encore plus importants en Inde et en Chine urbaines (près de 80 %), où l’appétence pour les nouvelles technologies, ainsi que la dynamique actuelle d’équipement en haut-débit favorisent un accueil enthousiaste aux terminaux et services connectés. Pour ces deux derniers pays, ce sont les limites en matière d’infrastructure qui pourraient faire obstacle à une plus large diffusion des expériences connectées à l’horizon 2014 – notamment en Inde.
Toutefois, note l'étude, les pratiques ne suivent pas nécessairement l'intérêt affiché : lorsqu'ils doivent indiquer si elles ont la volonté d'augmenter leur consommation de biens culturels par des terminaux connectés, les personnes interrogées montrent beaucoup moins de propension en ce sens.

Et l'auteur de l'étude de conclure sur ce point:

Afin de réinventer l’expérience culturelle, les terminaux et services connectés ne peuvent se contenter de fournir de nouveaux modes de consultation et d’accès à des contenus existants. Ils doivent transformer l’expérience culturelle elle-même, autour de quatre dimensions structurantes : choix, communauté, interactivité et nomadisme.
Le choix c'est un accès à tout et la possibilité de créer des expériences personnalisées (conseils Amazon, Spotify, etc.). Les réseaux sociaux constituent une autre plateforme de partage d'expériences en tout genre, y compris en matière de culture. L'interactivité permet de distinguer l'ère de la consommation numérique (PC) de la consommation passive traditionnelle (télé). Et enfin le nomadisme caractérise les terminaux portables, tels que les tablettes et le smartphones.

Selon l’étude, davantage d’utilisateurs sont prêts à avoir recours à des services (Spotify, Last.fm, Netflix) plutôt qu'à des modes de consommation traditionnels (CD, DVD, canaux traditionnels de la télé).

Sans m'attarder plus sur les marchés qui ne nous intéressent pas dans ce contexte (média, jeux, et arts vivants), voyons quelles sont les conclusions de l’enquête dans le secteur du patrimoine et des arts plastiques. Après avoir mentionné quelques exemples de nouveaux produits (application de l' exposition Monet, StreetMuseum du London Museum,  les artistes Sander Veenhof et Mark Swarek au MOMA, l'exposition virtuelle de Anish Kapoor, le projet des musées en 3D de Google), les auteurs mettent en relief le potentiel de certaines technologies telle que la réalité augmentée, les applications de visites in situ de musées et monuments, et les visites virtuelles (à domicile). Ils ajoutent:

C’est encore une fois en enrichissant l’expérience culturelle que les terminaux connectés auront un impact bien réel : ainsi, 25-30 % des personnes interrogées se disent prêtes à payer pour une application de “visite connectée” enrichie contre 5-10 % pour un audio-guide aujourd’hui.
De même, 20-25 % des gens seraient prêts à payer pour des visites virtuelles depuis chez eux. Si les prix envisagés restent plus bas que ceux d’une expérience traditionnelle, cela représente malgré tout une opportunité notable d’enrichir l’expérience des visiteurs.
Ainsi la possibilité d'utiliser des contenus in situ ou chez soi (en préparation ou à la suite de la visite) devient-elle un élément important du service à développer.

L'étude a été présentée au Forum d'Avignon qui c'est tenu du 17 au 19 novembre. Voici le lien vers la page pour télécharger le texte.